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Entre Grande et Petite Gens (PV Azalée)

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Tyrana Vi'Darathi
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Lun 2 Mar - 15:00
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Le monde était en train de changer.

Je l'entendais dans la mélopée lancinante du vent nocturne s'engouffrant dans la cime des arbres de la forêt. Je l'entendais dans l'écoulement paresseux d'une rivière quelques empans sur ma dextre, cachée sans doute par le ravin qui longeait fidèlement la route ; je le sentais, dans mes os comme dans l'humus riche de cette terre nourricière. J'avançais à vive allure et cette ère en faisant autant, c'était évident. Oui, le monde changeait.

Ou plutôt, il redevenait tel qu'il avait été jadis, si j'en croyais ce qui m'avait été enseigné. Il avait existé beaucoup de belles choses qui furent détruites, mais les mêmes hideurs revenaient sans cesse au fil des âges. La lune rouge n'était jamais qu'un prémisse, terrible et éclatant. L'horizon se baignait de sombres rumeurs, et pourtant...
Pourtant, certaines choses parvenaient encore à subsister dans la liesse et la paix.

La Comté faisait partie de ces choses-là. Cela faisait plusieurs heures que j'en arpentais l'orée, méfiante comme un chien-loup sur le seuil d'une demeure bien tenue, se demandant s'il peut vraiment en franchir le porche. Je me décidais finalement alors que les étoiles faiblissaient devant la venue de l'aube, me rappelant approximativement la géographie de cette région. J'arrivais par l'Ouest depuis les hauteurs, ayant souvenance que des marais attendaient l'impudent voyageur si jamais l'on empruntait la route un peu plus au Nord. Emerik et moi nous étions déjà aventurés par ici, à notre aller pour les royaumes des Hommes ; et maintenant que j'y pensais, il me semblait bien m'avoir été confié que le pays des Hobbits nous était interdit, par un décret ancien dont j'avais oublié l'auteur.

Je me moquais royalement de cette loi, à vrai dire. Les Semis-Hommes n'étaient pas connus pour rechercher les ennuis et tant que je n'en créais pas, je doutais qu'on me fasse le moindre reproche. Je n'espérais pas m'attarder ici, rien que franchir les vertes prairies et collines afin de rejoindre au plus vite la route principale qui m'emmènerait à travers l'Arnor, jusqu'en Rohan et plus tard au Gondor - quoiqu'une halte ne serait pas de refus, après une nuit passée à vadrouiller.

L'aurore et ses doigts de rose chatoyèrent d'abord doucement, puis avec plus de fermeté dans un ciel épargné de nuages. Je marchais toujours dans la fraîcheur du matin, ignorant les regards surpris des Hobbits qui se levaient tôt pour retourner la terre de leurs jardins. Je notais avec un certain dédain qu'ils paraissaient avoir l'amour des plantes cultivées, fermiers et paysans dans l'âme : pour mon peuple qui vivait de chasse et parfois de pillage, c'était là un mode de vie paresseux et mou, fade ainsi qu'un plat à la sauce trop limpide. L'existence n'était pas une rangée de livres qu'on organisait avec soin, mais un fruit juteux dans la peau duquel il fallait mordre à pleines dents, sans peur ni hésitation. Oui, il fallait s'en gaver jusqu'au coeur, quitte à en étouffer !

« Hé, vous ! »

Une voix un peu bourrue perça la quiétude de ma marche dans les herbes humides. Je promenais un regard surpris aux alentours, un petit-je-ne-sais-quoi me donnant l'impression que ce « vous » lancé sans aménité se référait à ma personne. Mes yeux hivernaux s'arrêtèrent rapidement sur la propriétaire de cette apostrophe : un Semi-Homme posté sur le bord du chemin ainsi qu'un piquet de chèvre, les bras croisés dans une attitude presque défiante. Un large chapeau de paille lui ombrageait le haut du visage tandis qu'une barbe mal entretenue lui en mangeait le bas. Une brindille jaunie dépassait de ses dents, fièrement dressée en l'air et m'évoquant irrésistiblement la queue d'un chat vaniteux - à tel point qu'un demi-sourire me monta aux lèvres.

« Bonjour vous »
claironnai-je en retour tout en marchant droit sur lui et m'arrêtant à moins d'un mètre.

L'un de ses sourcils broussailleux se arqua d'une façon propre aux gens dépourvus d'humour. Son cou se tordit avec tant de raideur que je ne craignis qu'il ne casse, et bientôt le Hobbit me dévisageait du haut de toute sa froideur. J'étais aussi grande que la plupart des hommes des Royaumes du Sud, aussi cet empêcheur de tourner en rond m'arrivait-il à peine à la taille.

« Vous faites partie des Grandes Gens. »


Je me sentais d'humeur taquine.

« Alors ça, c'est très surfait, vous savez. Si vous voulez être précis, dites que je viens du clan Marcheneige ; parce que par exemple, le clan Montemer se retournerait dans sa tombe si jamais vous veniez à m'associer à eux - et pour cause, c'est nous qui l'y avons mis. Les Grandes Gens, finalement, c'est tout un tas de peuples très différents qui n'ont pas grand-chose en commun, et même pas la taille. J'ai connu un cul-de-jatte qui... »
« Je ne veux pas savoir qui vous avez connu ni comment ! »
rouspéta mon interlocuteur, ses joues virant à un cramoisi très énervé. « La Comté est interdite aux individus de votre espèce et vous n'avez rien à faire ici ! »
« Mais ça c'est vous qui le dites, petit père ! »

Je m'étonnais de ma propre facétie. N'importe quel cabochard de n'importe quelle ville m'ayant servi peu ou prou les mêmes propos aurait fini avec mon genou dans l'entrejambe et un coup de bouclier en plein visage. J'éprouvais instinctivement un étrange maternalisme pour ce petit homme mal embouché, qu'on aurait pu étendre à toute la Comté, en fait. Les Hobbits avaient ceci de particulier qu'ils étaient comme des enfants ayant un beau jour refusé de grandir, à mes yeux et à ceux de beaucoup d'autres. Je doutais qu'ils se débarrassent jamais de cette image leur collant à la peau.

« J'ai rendez-vous, figurez-vous. Parfaitement ! Et même... un rendez-vous galant ! Alors, qu'est-ce que vous dites de ça ? »


Je venais de lui sortir l'ineptie la plus douteuse de toute ma vie, mais elle m'amusait tellement que j'ai dû la lui servir d'un ton convaincu ; à tel point qu'il sembla d'un coup hésitant.

« Vous ne vous mettriez pas sur le chemin d'un idylle naissante, pas vrai ? » minaudai-je en passant la main dans mes boucles d'or gelé.
« Ne me racontez pas d'histoires ! Je suis le Shirrif Beldeter, et cette partie de la Comté est sous ma juridiction. Si jamais ces ignares du Pays de Bouc venaient à apprendre que je me suis fait berner par une Grande Gens, ma vie est fichue... » maugréa-t-il.
« Le Shirrif Verdemer, vous dites ? Hé, ça va, ne devenez pas encore plus rouge que vous ne l'êtes. Je m'appelle Tyrana, voilà, nous ne sommes plus des inconnus l'un pour l'autre. Vous pouvez donc me faire confiance. »

Si j'avais espéré le baratiner, c'était raté - comme me le laissait entendre le regard furibard qu'il leva vers moi. On aurait pu desceller les pierres d'un château en tapant dessus avec ses yeux, tant ils semblaient durs et inflexibles.

« Un rendez-vous, hein ? Hé bien, Tyrana des Grandes Gens, je viendrai vous trouver ce soir-même, et n'espérez pas vous cacher. Vous aurez intérêt à me présenter votre galant pour preuve de vos dires, ou je vous accuserai devant l'Ancien d'avoir menti au Shirrif en plus d'avoir outrepassé nos frontières sans motif valable. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ? »

Je lui renvoyai une moue boudeuse qu'il prit comme un assentiment. Se frottant les mains, le dénommé Belvédère - ou quelque chose comme ça - remonta la route que j'empruntais en sens inverse, l'air manifestement très content de lui-même. Ma propre bonne humeur s'était en revanche envolée bien loin d'ici, comme l'indiquait le coup de pied énervé que je flanquais dans un caillou.

C'est à cet instant que je sentis un regard posé sur moi...

Azalée Bravet
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Mer 4 Mar - 1:37
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Une fois n'est pas coutume, Azalée s'était réveillée tôt. En fait, elle s'était même levée tôt. Elle avait encore choses à faire chez elle avant de partir. Si elle partait de chez ses grands-parents juste après le déjeuner, elle pourrait prendre son goûter au Dragon Vert, et en profiter pour saluer tout le monde, les patrons, les anciens collègues, les habitués. Et elle devrait être chez ses parents pour le dîner ! Et de là au souper, elle aurait tout le temps de faire son paquetage. Avec un peu de chance, elle pourrait commencer son périple dès le lendemain, après la collation ! Enfin, sauf si Célandine venait dîner. Elles ne s'étaient pas vues depuis trois jours et elles auraient sûrement des choses à se raconter jusqu'au souper, et même jusque dans la nuit. C'était exactement ce qui était arrivé les trois dernières fois qu'elle avait prévu de partir.

Elle était partie de chez ses grands-parents après son petit-déjeuner (sa grand-mère n'était même pas encore levée), un petit sac sur l'épaule avec la collation pour ne pas mourir de faim jusqu'au déjeuner, afin de profiter d'un dernier matin tranquille dans la Comté... Elle se sentait déjà un peu nostalgique, et prévoyait d'avance tout ce qui allait lui manquer... Son frère s'était moqué d'elle, juste avant son départ pour Petite Cave :

"Tu vas finir par ne pas partir, Zalée !"
"Tout le monde n'est pas aussi encroûté que toi, Talbo !"

Elle savait qu'elle finirait par partir. Elle en avait trop envie. Et puis, elle ne supportait plus de croiser sans arrêt Camélia Fortesouche -pardon Camélia Cotton !- au bras de son très cher Robbie, dès qu'elle mettait le nez hors de son smial. Et puis, après tout ce temps passé à s'entendre raconter les exploits d'Elendil, de Thorin Écu-de-chêne, d'Aragorn et de tous les autres, elle brûlait de voir le vaste monde de ses propres yeux. Minas Tirith, la Moria, le Rohan, la Lorien, Dale ! Elle voyait déjà toutes ces Grandes Gens sur leurs grandes jambes se promener le long des routes et dans les rues de leurs cités.

D'ailleurs, elle les voyait si bien qu'elle mit un certain temps à réaliser qu'elle voyait vraiment une Grande Personne devant elle, juste ici, dans la Comté ! Une femme, visiblement, très blonde. Mais pas de ce beau blond couleur des blés mûres qui était si répandu parmi les jolies filles de la Comté. Un blond un peu triste, songea-t-elle, comme passé au soleil. Elle était en grande conversation avec ce bon vieux "Verdeter", toujours aussi revêche sous son chapeau de paille. Quelques autres hobbits se trouvaient là, mais se tenaient à bonne distance du shirrif et de l'étrangère, visiblement un peu inquiets de la présence de cette dernière. Mais Azalée était curieuse, elle s'avança doucement vers le duo insolite, avec la discrétion dont les hobbits savent faire preuve quand ils veulent rester inaperçus.

Elle ressentait déjà une certaine sympathie pour l'inconnue, parce que la voir s'opposer ainsi au Père Beldeter lui rappelait toutes ces fois où il les avait surpris, Rosco et elle, à chaparder des pommes ou à dételer les poneys à l'auberge, et où, après une joyeuse course-poursuite, ils le narguaient du haut d'un arbre où le pauvre vieux ne pouvait pas monter. C'était à cette époque qu'ils lui avaient inventé ce surnom de Verdeter -un jour précisément ou Beldeter avait réussi à les attraper avant qu'ils ne grimpent hors de sa portée. Aussi quand elle entendit la Femme parler de rendez-vous galant, elle ne ressentit pas de jalousie à son égard -alors que c'était généralement le cas depuis un an quand quelqu'un semblait heureux en amour. Au contraire, elle se sentit solidaire de l'inconnue en pensant que le shirrif risquait d'être un obstacle pour son "idylle naissante". Elle fut quelque peu rassurée de voir que Beldeter finissait par partir. Néanmoins, tout danger n'était pas écarté. Et si celui qu'elle aime refusait de l'accompagner ce soir ? Elle ne pourra pas rester pour tenter de conquérir son amour ! Tyrana -puisque tel était le nom qu'elle avait donné- semblait elle aussi soucieuse, car elle donna un grand coup de pied dans un caillou, ce que son neveu, Parlo, faisait souvent quand on refusait de lui donner un jouet ou une sucette.

Azalée s'approcha alors de la Femme. Celle-ci se tourna soudain vers elle et la jeune hobbite resta quelques instants sans voix devant ses yeux. Là encore, elle avait vu plus coloré ! À vrai dire, même la Mère Pieddodu, qui était presque aveugle, avait des yeux plus colorés. Tout le visage de Tyrana respirait la force farouche et libre. Elle ne ressemblait pas vraiment aux Grandes Gens qu'Azalée avait vus à Bree les quelques fois où elle avait accompagné son père

"Bonjour ! finit-elle par claironner. J'ai cru comprendre que vous n'étiez pas d'ici ?"

Elle assortit sa remarque d'un grand sourire -celui précisément qui lui valait les plus gros pourboires au Dragon Vert.

"Qu'est-ce qui vous amène dans la Comté ? Vous venez voir votre amoureux ? Pourquoi est-il dans la Comté ? Ce 'est pas un hobbit quand même ? Ce serait un peu bizarre... Enfin, je ne veux pas dire que vous êtes bizarre ! Et après tout, les Hommes et les hobbits ne sont pas si différents que cela... Ce n'est pas comme si vous étiez amoureuse d'un balrog ! Quoique finalement, vous avez le droit d'être amoureuse de qui vous voulez, ce n'est pas mon affaire ! Je ne voudrais pas être indiscrète, vraiment ! Moi aussi, je suis amoureuse. Enfin, j'étais... C'est-à-dire que je le suis toujours, mais... notre amour est impossible. C'est pour ça que je vais partir de la Comté pour quelques temps, voyager... Vous savez... Vous avez beaucoup voyagé, vous ? Mon grand-père a beaucoup voyagé quand il était jeune, avant son mariage. Et puis, j'ai vingt-neuf ans, c'est un bon âge, je trouve, pour partir à l'aventure... C'est l'âge qu'avait le Thain Peregrin quand il est parti pour la Quête de l'Anneau ! Du coup, c'est incroyable de tomber sur vous maintenant. Ce n'est pas tous les jours que l'on voit des Grandes Gens dans la Comté, et justement je vous rencontre aujourd'hui, alors que je dois partir demain, et que justement là où je vais il y aura des Grandes Gens. Il y en aura même beaucoup plus que de hobbits ! Qu'est-ce que vous comptez faire quand vous aurez retrouvé votre amoureux ? Moi, je ne sais pas trop où je veux aller... Enfin, je sais qu'il y a plusieurs endroits où je voudrais aller, mais je ne sais pas encore par où je vais commencer... Je pense que je verrai bien où mes pas me mèneront. Ou plutôt les pas de Caramel ! C'est mon poney ! Je l'ai appelé Caramel, parce que quand je l'ai eu, sa robe était caramel, mais maintenant, sa robe est beaucoup plus foncée, mais je ne vais quand même pas changer son nom, n'est-ce pas ?"

Elle fit enfin une courte pause, pour reprendre un peu son souffle, puis reprit avec un débit toujours aussi rapide :

"Vous avez mangé ? Moi je commence à avoir faim ; j'ai du pain, du fromage, de la confiture et des pommes du verger de mes grands-parents. Si vous voulez, on peut partager. Vous ne serez pas obligée de me parler de votre amoureux si vous n'en avez pas envie. Mais je connais très bien la région, je pourrais vous aider si vous voulez... Je m'appelle Azalée, au fait. Azalée Bravet. Vous, c'est Tyrana, c'est ça ?"

Tyrana Vi'Darathi
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Trésorerie Trésorerie: 200
Lun 9 Mar - 16:44
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Vous vous êtes déjà tenu sous une cataracte ? Vous savez, ce genre de manifestation naturelle qui dégringole d'une falaise pour s'abattre sur votre tête. Quelque chose d'assourdissant, d'étourdissant et d'absolument impossible à arrêter.

"Qu'est-ce qui vous amène dans la Comté ? Vous venez voir votre amoureux ? Pourquoi est-il dans la Comté ? Ce 'est pas un hobbit quand même ?..."
« Non, en fait... »
"...Ce n'est pas comme si vous étiez amoureuse d'un balrog !"
« Quelle idée saugrenue. Non, en vérité, je... »
"C'est pour ça que je vais partir de la Comté pour quelques temps, voyager... Vous savez..."
« Ben pas tellement, non. Mais une min-... »
"C'est l'âge qu'avait le Thain Peregrin quand il est parti pour la Quête de l'Anneau ! Du coup, c'est incroyable de tomber sur vous maintenant."
« Ah mais j'n'en doute pas une seconde. Par contre... »
"Qu'est-ce que vous comptez faire quand vous aurez retrouvé votre amoureux ? Moi, je ne sais pas trop où je veux aller..."
« Tu m'étonnes, parler ou réfléchir, il faut chois-... »
"Ou plutôt les pas de Caramel ! C'est mon poney !"
« J'ignorais que les Hobbits savaient monter. Mais... »
"Moi je commence à avoir faim."
« Avec un poney qui s'appelle Caramel, hein... »
"Mais je connais très bien la région, je pourrais vous aider si vous voulez... Je m'appelle Azalée, au fait. Azalée Bravet. Vous, c'est Tyrana, c'est ça ?"

Respire. Respire, ma fille. Voilà, c'est bien. Une grande bouffée de l'air tiède de la Comté. Encore un peu.

Voilà, regardons un peu ce qu'on a là, à présent. Une petite créature à la crinière de cuivre, longtemps hâlée sous les feux doux du soleil de son pays ; des escarbilles enflammées pour tacheter la peau de son visage, une mer d'automne dans les yeux. La regarder, c'est comme humer un parfum de marron ou de crépuscule d'été. Comme la plupart de ceux de sa race elle m'arrive à peine à la taille, au niveau du fourreau qui abrite ma grande épée nordique. Comme nous devons détonner, elle et moi ! Pour la première fois peut-être de mon existence, je prends conscience de la rudesse avec laquelle sonne mon nom dans une bouche étrangère. Tyrana Vi'Darathi. Azalée Bravet. Comme je dois lui paraître barbare ! Moi, vêtue de fourrures et de cuir tanné, elle de sa jolie robe aux tons printaniers. Elle a un sac sur l'épaule, très simple quoique bien fourni : ce sont là ses articles de voyage, là où j'emporte un grand bouclier d'airain et une large lame. Elle va pieds nus sur les chemins tranquilles de la Comté ; je baisse les yeux vers mes lourdes bottes cerclées de fer, me sentant brusquement mal dégrossie, tirée d'un obscur âge de fer.

« Minute papillon. Je ne mange pas de caramel, je n'ai pas l'âge de partir en quête de l'Anneau et je ne suis pas amoureuse d'un Balrog. Ni d'un Hobbit. Ni de rien, d'ailleurs » la détrompai-je en agitant un index zébré de cicatrices dues au froid un peu au-dessus de son nez - qu'elle avait légèrement retroussé, lui donnant un côté mutin. « J'ai dit ça à votre Mèredeverre pour qu'il me lâche les mollets, sauf que me voilà bien embêtée... je suis supposée lui présenter mon prétendant imaginaire ce soir... 'fin, vous avez entendu j'ai l'impression. »

Fort heureusement, il y a un monde entre entendre et écouter. Par exemple, j'ai bien entendu tout ce qu'elle m'a raconté. De là à dire que je l'avais écoutée... J'étais plutôt sociable, hein, ne vous méprenez pas. Selon les critères du clan Marcheneige en tous cas. Cela dit, les discours débités plus rapidement que l'Anduin ne coule d'amont en aval me donnaient le tournis.

« Alors comme ça, mademoiselle Bravet, vous voulez vous en aller ? » repris-je tout en ajustant ma prise sur mon écu et en reprenant lentement ma route, l'invitant d'un hochement de tête à me suivre. « C'est curieux de la part d'une Hobbite. Ce n'est pas comme si la Comté manquait de charme. Comparée à là d'où je viens, c'est même un petit paradis sur terre. »

La vivacité de mon regard délavé s'abîma brièvement dans mes pensées. Je revoyais les grandes montagnes déchiquetées de la contrée m'ayant vue naître, ses cieux embrumés par une éternelle tourmente. Les forêts avaient la neige et le givre pour humus, et la mer se couvrait autant de nuages que de glaces tenaces. Un coin du monde oublié, perdu, opiniâtre et farouche. Une enclume sur laquelle on forgeait des individus tout aussi abrupts. Des hommes et des femmes tels que moi.

« Vingt-neuf ans, vous avez dit ? Mais ça alors, vous êtes mon aînée ! »

Je lui jetai un regard incrédule, avant d'éclater d'un rire clair comme l'eau de roche. Il m'était absolument impossible de considérer cette Hobbite, cette enfant, comme une personne plus âgée que moi-même. Le geste avec lequel je lui ébouriffais ses mèches flamboyantes était empreint d'un maternalisme prégnant.

« J'ai beaucoup voyagé vous savez, Azalée de la Comté. Vous ignorez où vous souhaitez vous rendre de prime abord ? Dites-moi donc le nom de vos multiples destinations et je vous en parlerai plus avant, s'il m'a déjà été donné de m'y aventurer ! Et si vous m'y autorisez, je vous soulagerais bien d'une pomme... »

Je préférais ne pas aborder le sujet de son amour impossible, craignant de déclencher une avalanche d'explications, de déviations, de digressions et divers hors-sujets qui m'emmèneraient sans aucun doute sur un terrain dont je n'avais guère l'habitude. Mieux valait ne pas tenter le diable.

« Et ce Caramel, d'ailleurs, où est-il ? Tant qu'à parler de mangeaille... Et, au fait, vous n'auriez pas un cousin à marier ou quelque chose de ce genre ? Pour de faux, bien entendu. » Je me sentis obligée d'ajouter : « Pour que votre Shirrif me fiche la paix, vous comprenez. »

Azalée Bravet
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Trésorerie Trésorerie: 200
Dim 15 Mar - 22:21
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Azalée se demanda un instant si Tyrana n'était pas un peu simple d'esprit… Après tout, les hommes étaient plus réputés pour leur mauvais caractère que pour leur esprit délié… L'humaine regarda ses pieds d'un air gêné, puis lui sortit une phrase sans le moindre sens. Mais qui avait parlé de manger du caramel ? Et qu'est-ce qu'un papillon venait faire là-dedans ? Elle avait pourtant l'air d'une jeune femme sensée tout à l'heure… Enfin, ce qu'il y avait surtout à retenir, c'est qu'elle n'était pas amoureuse. La pauvre !
Azalée était sur le point de faire une remarque sur le caractère magique et merveilleux de l'amour, lui exposer tout ce qu'il apportait dans la vie, lui expliquer tout ce qu'elle manquait en n'étant pas amoureuse (même si bien sûr, ce n'était pas de sa faute si elle n'avait pas encore rencontré son âme sœur), lorsque Tyrana souleva le problème du prétendant imaginaire…

-Effectivement, c'est un problème… que vous n'auriez pas si vous étiez vraiment amoureuse ! Oh, je ne vous en blâme pas, ce n'est pas votre faute ! Mon amie Célandine, c'est pareil, elle n'est jamais tombée amoureuse ! Dès qu'il y a un hobbit à qui elle plaît, ou à qui elle pourrait plaire, elle lui trouve tout un tas de défauts ! Ce n'est pas vraiment de sa faute ! Mais elle ne se rend pas compte que certains défauts peuvent être attachants, et que de toute façon, personne n'est parfait !

Sauf Robbie, bien sûr ! Quoique… il s'est laissé séduire par Camélia, ce qui, d'une certaine façon, est aussi un défaut…
Elle allait enchaîner en disant qu'il valait mieux être seule (comme elle) que mal accompagnée (comme Bépie), mais se ravisa : Tyrana lui avait semblé un peu timide tout à l'heure : elle avait commencé des phrases sans oser les finir et ensuite, il y avait eu cette façon de regarder ses pieds… De ce fait, il valait sûrement mieux ne pas trop parler pour lui laisser le temps d'oser s'exprimer.
C'est donc avec un sourire amical et encourageant qu'elle écouta la jeune femme et lui emboîta le pas.

-Oui, oui… C'est vrai, la Comté est très belle, surtout en cette saison… Et puis la nourriture est très bonne, l'herbe à pipe ne coûte pas cher -j'ai entendu dire qu'à Minas Tirith, elle atteignait des prix exorbitants ! L'oncle de la belle-sœur du cousin de Célandine est producteur d'herbe à pipe, et depuis qu'il en exporte vers l'Est, il est très riche ! Il s'est acheté un immense smial sur le Chemin des Trous-du-Talus l'année dernière, et maintenant il veut acheter un ferme dans les collines de la Tour. C'est amusant, avant la mort du Thain Palamir, la bonne société de la Comté n'arrêtait pas de dire du mal de cette région, que l'air y était humide, que les routes étaient mal fréquentées… mais maintenant que Déagol est devenu Thain, tout le monde loue son pays d'origine, et les séjours près de la mer sont devenus d'un chic !

Elle leva les yeux au ciel pour souligner la stupidité des notables.

-Oui, la Comté est bien agréable, mais elle est aussi bien ennuyante ! Et tellement conservatrice ! Quand je pense à tout le foin qu'on nous a fait quand le vieux Edgard Touque est mort ! "Au secours, une femme à la tête du Pays de Bouc ! Nous courons à la catastrophe !" Comme si elle ne dirigeait pas déjà le Pays depuis quinze ans ! Tout le monde sait que ce pauvre Edgard n'a jamais eu un gramme de sens politique !

Elle se rappela soudain qu'elle devait mettre Tyrana en confiance :

-Et chez vous, les gens sont progressistes ? Je suppose que la dureté des conditions de vie doit inciter à élaborer des solutions sociales efficaces pour améliorer la vie de tout un chacun !

Azalée fut légèrement vexée quand Tyrana lui ébouriffa les cheveux. Néanmoins, elle était incapable de résister, quand quelqu'un riait, et de ne pas rire, elle aussi.
Elle finit tout de même par retrouver son sérieux. Elle sortit deux belles pommes rouges de son sac, en tendit une à Tyrana avec un grand sourire (le nom "Azalée de la Comté" lui avait beaucoup plu), et croqua dans l'autre, parce qu'on lui avait toujours dit qu'il était très mal poli de laisser un invité manger seul, en réfléchissant à l'endroit où elle désirait le plus se rendre.

-J'aimerais beaucoup voir Dale, et le Gouffre de Helm, et aussi tous les grands lieux de la Quête de l'Anneau… Mais je crois que si je ne devais aller qu'à un seul endroit, ce serait à Minas Tirith ! Même si la bonne herbe à pipe y est hors de prix !

Elle réfléchit encore quelques instants.

-Bien sûr, il y a aussi la Moria…

Elle soupira profondément… Son grand-père lui avait si souvent parlé de cet endroit légendaire, des mille et une merveilles que les Nains y avaient rassemblées…
Mais une réflexion de Tyrana la tira de ses pensées, et elle faillit s'étrangler avec sa pomme :

-Caramel ? De la mangeaille ? Mais c'est mon poney ! Je ne vais pas le manger ! Sauf peut-être en dernier secours, si je venais à manquer de vivre et que je n'avais pas mangé depuis la veille…

Elle frissonnait rien qu'en imaginant cette perspective…

-Pour l'instant, il est chez mes parents, à Hobbitebourg. Là, je suis venue voir mes grands-parents. Je comptais rentrer aujourd'hui, rassembler mes affaires, et partir demain à l'aube. Enfin, après le petit déjeuner, bien sûr ! Mais, je vais sûrement rester encore ce soir, pour vous aider avec le shirrif  !

Elle eut un grand sourire.

-Ré-flé-chi-ssons… Qui pourrais-je bien trouver que Verdeter puisse prendre pour votre amoureux… L'idéal, c'aurait été mon frère, mais il est à Hobbitebourg, chez son patron… Le temps d'aller le chercher et de revenir… Ou alors, je pourrais lui envoyer un mot par la poste… Nous avons une poste très efficace, souligna-t-elle avec fierté. Frédéric Fortetête est chez son cousin, mais personne ne pourrait croire une minute qu'il fréquente une étrangère… C'est dommage, en ce moment, beaucoup de jeunes gens sont à Bourg-de-Touque, parce que Déagol, notre jeune Thain, y organise une semaine jeux et divertissements… il y aurait bien Rufus Champvert, mais je sais qu'il a un faible pour moi, alors ce serait assez indélicat de lui demander cela, n'est-ce pas ?

Elle se gratta fébrilement le sommet du crâne.

-Il y a aussi Tom Petitmulot… Mais il est assez… porté sur la boisson. Il est gentil, mais quand vient le soir, il y a longtemps qu'il n'a plus tout son bon sens… Mais au moins, lui, on sait facilement où le trouver ! Il n'y a pas tant de taverne que cela à Petite Cave !

Tyrana Vi'Darathi
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Mer 18 Mar - 19:30
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« ...Mais elle ne se rend pas compte que certains défauts peuvent être attachants, et que de toute façon, personne n'est parfait ! »

Un mystérieux sourire flotta sur mes lèvres à l'instant où la Hobbite prononça ces mots tandis que je lui coulais un regard en coin. J'étais bien plus familière de la compagnie des guerriers austères que des gens de la Comté si loquaces et bavards ; mais comme elle venait de le dire, certains défauts pouvaient devenir attachants. Je me surpris à siffloter un air du pays tout en lui tendant une oreille distraite, signe que tout n'allait pas si mal sur cette bonne vieille terre. Je me perdis dans ses propos où elle évoquait des bourgs et des individus dont j'ignorais tout, mais dont ce qu'Azalée sous-entendait lui semblait si naturel, jusqu'à ce que...

« Et chez vous, les gens sont progressistes ? Je suppose que la dureté des conditions de vie doit inciter à élaborer des solutions sociales efficaces pour améliorer la vie de tout un chacun ! »

Je manquais m'étrangler à l'instant où elle me fit part de cette remarque si saugrenue. Je fis l'effort d'y réfléchir, fronçant des sourcils ; les champs verdoyants et les douces collines de sa patrie s'estompèrent lentement au profit des plaines glacées et des crêtes acérées de la mienne. La neige était une belle menteuse, faisant paraître paisible un véritable cimetière blanc recélant en son sein maints cadavres congelés pour des siècles ; les montagnes étaient tout à la fois nos demeures, nos fiefs, nos terrains de chasse et nos tombeaux. La vie y était dure, en effet - aussi farouche que belle, sauvage que courte. Là-bas, à quelque chose malheur était bon... car tout ce qu'on y gagnait avait été arraché de force à d'autres. Qu'il s'agisse d'un peu plus de bétail, de fourrures, de lait ou de métal, cela avait été volé, payé par du fer et du sang.
Je battis des paupières, chassant les réminiscences de mon existence passée, avant de décocher un sourire éclatant à mon interlocutrice.

« Malheureusement, mon peuple est d'un genre conservateur. Le climat, tout ça, vous voyez... »

Je croquais à belles dents dans la pomme qu'elle me tendit, aussi colorée que sa crinière. Mes yeux s'écarquillèrent à l'instant où j'en goûtais tout le jus et le sucre ; un fruit aussi savoureux n'aurait pas existé dans mes rêves les plus fous, lequel ne tarda pas à disparaître à grandes bouchées gourmandes. J'en rognais consciencieusement le trognon tandis qu'Azalée me faisait l'inventaire de ses plus ou moins bons partis. Le dernier suggéré m'arracha un rire mal dissimulé - Petitmulot, voilà qui n'était guère flatteur pour un homme. Dans le clan Marcheneige, on aurait préféré l'exil à la honte d'un tel nom.
Ou la honte de s'afficher en pareille compagnie... Un toussotement gêné m'échappa à cette pensée.

« Je vois. J'imagine que j'aurais dû m'y prendre plus tôt pour voler ses étalons à la Comté » lançai-je d'un ton faussement malheureux. « J'arrive un peu tard et les voilà tous pris. »

Minute. N'avait-elle pas parlé d'un amour impossible plus tôt ? Venais-je de mettre maladroitement les pieds dans le plat ? Ou pire...
De la lancer sur le sujet ! Vite, une diversion.

« Je ne saurais vous parler de la Moria ; à ce que j'en ai entendu c'est encore un lieu sinistre, un royaume autant qu'un tombeau. Il me semble que les Nains l'ont repeuplée mais qui pourrait chasser si vite les fantômes du passé ? Je n'aime pas mettre les pieds sous terre, loin de la course du vent et du regard des étoiles. » Un frisson irrépressible me secoua l'échine. « Je puis en revanche vous parler de Dale. C'était autrefois une belle et grande cité bâtie au pied de la montagne Solitaire, loin vers l'Est - dressée par les Hommes du Nord et enrichie par l'or des Naugrims. Vous savez que Smaug l'a détruite, pour n'en laisser que des ruines de pierre fondue et de terre calcinée, mais les Orientaux vinrent et la reprirent au compte de leur maître. Elle fut libérée de la main de Bard et Thorin lorsque vint la chute de la Tour Sombre, dont l'écho poussa les Orientaux au désespoir. »

Je me fendis d'un soupir rêveur, les yeux dans le vague.

« Je me demande ce qu'ils en ont fait depuis. Je m'imagine Dale ainsi qu'une profonde cicatrice dans le Rhôvanion : une cité brisée, fatiguée par les tourments de naguère, mais qui ré-apprend lentement à vivre dans la paix. »

Ma bouche demeura close quelques instants comme je me mordais la lèvre, hésitant à lui quémander une seconde pomme - je me sentais alors comme une petite fille capricieuse. Mais... il n'y avait rien de pareil dans le grand Septentrion !

« Le Gouffre de Helm... peut-être ne serait-ce pas à votre goût. C'est une forteresse, bien plus qu'une ville ; une vaste gangue de rocailles au pied de puissantes murailles, d'épais chemins de ronde et un imprenable bastion. On n'y rencontre que forgerons, soldats, maréchaux-ferrants et dresseurs de chevaux. Toutefois le Gouffre abrite des cavernes qui baignent dans la clarté intemporelle de gemmes fascinantes ; bleues et blanches, et rosées comme le marbre des terres du Sud... » J'eus un sourire d'une rare bienveillance. « Ces pierres ont même fasciné les nains - vous pourriez en croiser dans ces grottes. Quant à Minas Tirith... »

Cette fois mon visage se ferma et ma voix devint plus sèche.

« Je n'ai jamais pensé que c'était là une place agréable. Une citadelle qu'on dirait taillée à même la roche, égale à la montagne, peuplée d'hommes soucieux et hantés par l'ombre passée du Mordor. Oh, des jours fastes ont succédé aux ténèbres et ils ont redécouvert le goût de la vie, sans doute : mais lorsque j'ai marché dans les rues soigneusement pavées de la cité blanche, j'ai entendu la plainte des désespérés de naguère. Elle est inscrite dans la pierre et dans la terre, et jamais, je crois, ne s'éteindra. » Mes propos pouvaient lui apparaître abscons, voire dérangés ou dérangeants ; alors je décidai d'ajouter, après quelques secondes pour choisir mes mots : « Dans le clan Marcheneige d'où je viens, je suis tenue comme l'oracle du Nord. J'ai passé ma prime jeunesse à découvrir le monde auprès de mon mentor et j'ai développé une sensibilité particulière à la douleur des Terres du Milieu. Croyez-moi lorsque je dis que Minas Tirith, sous bien des aspects, est une blessure lardant la face du monde. Et d'autres viendront encore » ajoutai-je à mi-voix, « avec l'apparition de la lune rouge... »

Une nouvelle secousse me remonta le long du dos. Azalée avait-elle assisté au spectacle de l'astre sanglant ?

« Mais ces choses-là sont bien éloignées de la Comté et peuvent attendre. Vous m'avez parlé de tavernes, n'est-ce pas ? Je dois avouer qu'un peu de repos ne serait pas pour me déplaire - j'ai marché toute la nuit et il me faudra sûrement toutes mes forces pour affronter votre Shirrif et sa mauvaise humeur... »

Azalée Bravet
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Trésorerie Trésorerie: 200
Ven 27 Mar - 1:52
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Azalée nota qu'après sa remarque sur les conditions de vie et le progrès, Tyrana avait semblé un instant perdue dans quelque souvenir ou pensée pas nécessairement agréable. À vrai dire, Azalée avait parfois un peu de mal à déchiffrer les expressions de l'humaine. Bien sûr, certaines fois, c'était évident… comme quand elle faisait un grand sourire. Mais à certains moments -comme celui-ci-, ce que ses traits lui évoquaient ne faisait pas vraiment sens… Comme s'il lui manquait de clefs pour saisir ce que ressentait son interlocutrice.

Or cela arrivait assez peu souvent à Azalée. La dernière fois, c'était quand elle avait rencontré Déagol Banks, lors d'une grande soirée organisée par Hamfred et Myrtle Gamegie, des cousins de sa grand-mère. Célandine et elle avaient discuté quelques instants avec le Thain du meilleur endroit pour trouver des mûres. Quand il les avait laissées, appelé par leur hôte pour arbitrer un concours de ronds de fumée, Azalée avait fait remarquer à son amie que le Thain avait fait une drôle de tête quand elles l’avaient interrogé sur les mûriers et ronciers des Collines de la Tour. Les deux jeunes hobbites se posaient beaucoup de questions sur ce que pouvait ressentir Déagol face à son nouveau statut de Thain. Azalée avait espéré que cette discussion leur permettrait d'y voir plus clair, de deviner si sa ville lui manquait, s'il trouvait agréable de vivre dans la Comté même, s'il aurait préféré rester un hobbit anonyme… Célandine, complètement subjuguée par le charme de Déagol, n'avait pas été d'un grand secours pour lui tirer les vers du nez. Une fois le Thain hors de son champ de vision, elle avait cependant fait une remarque qui avait sur le moment beaucoup énervé Azalée, mais qui lui revenait maintenant à l'esprit :

-C'est peut-être parce qu'il n'est pas d'ici. Tu sais assez bien déchiffrer les expressions des gens de chez nous, parce que nos avons les mêmes référents socio-culturels ; mais les étrangers, c'est plus dur…

Peut-être qu'effectivement, ce qu'elle prenait pour une grande capacité à lire l'âme d'autrui n'était que le résultat d'une vie étriquée, dans une petite communauté assez fermée, où il ne se passait pas grand-chose...

Quand Tyrana reprit la parole, Azalée constata qu'elle avait déjà fini sa pomme ! Bien sûr, elle avait une bouche plus grande, mais tout de même ! Elle allait lui en proposer une autre (après tout, puisqu'elle faisait deux fois la taille d'un hobbit, peut-être devait-elle manger deux fois ce que mangeait un hobbit), quand Tyrana plaisanta en disant que les hobbits de la Comté semblaient tous pris. Cela lui fit oublier la pomme et toute la nourriture qu'elle avait dans son sac. Elle eut un pincement au cœur. Elle avait beau en avoir souvent ces derniers temps, depuis presque deux ans maintenant, c'était toujours aussi douloureux. Elle avait souvent eu des velléités de chercher un hobbit qui pourrait lui faire oublier Robbie, mais tous les célibataires intéressants étaient pris. Et pas question d'aller se chercher un amoureux à Bree ! Elle n’était pas désespérée à ce point !
Mais elle avait pris sa décision de toute façon. Elle serait une célibataire à la vie trépidante, une aventurière, une hobbite d'action, comme Frodo ou Bilbo Sacquet l'avaient été ! Ils n'avaient pas ressenti le besoin de se marier, eux…

Malheureusement, la suite des paroles de Tyrana n'était pas faite pour lui remonte le moral. Aussi, c'est avec une voix bien moins assurée que précédemment qu'elle murmura :
-Moi, ça ne me dérange pas d'être sous terre. Je sais que les trous des nains ne sont pas aussi confortables que les nôtres, mais la terre reste la terre, et nous, hobbits, sommes très attachés à la terre. Elle nous nourrit et nous héberge. La seule chose qui m'ennuie, c'est la peur de l'éboulement. Mais je sais que les Nains s'y connaissent en construction sous terre !

Il lui revint à l'esprit le souvenir dune fois où le frère d'une camarade de classe les avait invitées, Célandine, elle et quelques autres, dans le smial qu'il avait creusé et aménagé avec ses amis. Célandine avait refusé d'y entrer, et bien lui en avait pris, car l'un des plafonds avait fini par s'écrouler, engloutissant ceux qui se trouvaient en dessous pour plusieurs heures. Azalée, plus chanceuse que d'autres, était sortie du smial dès qu'elle avait entendu les bruits de craquement, mais elle avait eu la peur de sa vie ! Elle se sentait néanmoins encore trop déprimée pour partager cette anecdote avec Tyrana.

-Je m'imagine Dale ainsi qu'une profonde cicatrice dans le Rhôvanion : une cité brisée, fatiguée par les tourments de naguère, mais qui ré-apprend lentement à vivre dans la paix.
-C'est pour cela que j'aime bien Dale, murmura-t-elle, j'ai l'impression que ses habitants nous ressemblent un peu, perdus au milieu de toutes ces Grandes Gens, et ces guerres meurtrières…

Azalée était d'une nature optimiste et joyeuse, aussi la simple pensée que les habitants de Dale fassent renaître leur ville de ses cendres lui remonta instantanément le moral.

- Le Gouffre de Helm... peut-être ne serait-ce pas à votre goût...
-Oh, je sais ! Le Gouffre de Helm n'a pas l'air bien hospitalier… Mais ça doit être si pittoresque !

Après réflexion, elle songea que le mot "pittoresque" n'était peut-être pas le plus adapté à une place forte qui avait été le lieu d'un siège légendaire. Mais Tyrana enchaînait déjà sur Minas Tirith. Azalée ne comprit pas très bien ce que l'humaine voulait dire : elle n'avait jamais entendu dire que les pierres de Minas Tirith soient douées de parole. Une particularité aussi étonnante aurait sûrement été remarquée par les voyageurs, et notée dans au moins un des nombreux récits de voyage que contenait la bibliothèque de Bourg-de-Touque. Elle écouta avec attention la suite des paroles de Tyrana, mais ces propos la laissèrent encore assez perplexe.

-Une lune rouge ? Je ne savais pas que la lune pouvait devenir rouge… Mais c'est vrai que je l'ai déjà vue rousse certains soirs… je n'ai pas réussi à trouver de livre expliquant ce phénomène, mais j'ai entendu dire qu'il y avait un vieux hobbit, au Sud de Longoulet, qui passe son temps à observer le ciel, surtout la nuit. Peut-être qu'il saurait tout cela, lui.

Mais Tyrana avait raison, il y avait des choses plus urgentes :

-La taverne la plus proche, c'est le Coin-des-Cailles. Comme le nom l'indique, ils font d'excellentes cailles farcies. Mais je sais que le patron n'aime pas les étrangers… Le Grand Tonneau n'a pas aussi bonne allure, mais Forlo Joliefutaie, le patron, a toujours rêvé de partir à l’aventure. Il ne l'a jamais fait, bien sûr, à cause de sa mère, de sa femme, et maintenant des ses filles, mais je suis sûre qu'il vous fera bon accueil !

Même si vous risquez d'avoir du mal à passer la porte…

Azalée obliqua légèrement vers le Sud-Ouest, pour rejoindre à travers champs la route de Roccreux, sur laquelle se trouvait le Grand Tonneau.

-Vous voyez, continua-t-elle, ce que je voudrais voir à Minas Tirith, à Dale, ou dans le Rohan -surtout dans le Rohan, en fait !-, c'est la façon dont on y vit, la façon dont la vie, les commerces, la politique est organisée… Comme je vous le disais, la Comté est assez conservatrice, et j'aimerais voir comment les autres peuples affrontent l'avenir et les changements. Vous voyez, par exemple, en Rohan, ils ont comme roi une femme. Enfin une reine, du coup. J'aimerais savoir comment les gens vivent cela, et comment elle s'organise contre ceux que cela pourrait gêner… Vous êtes déjà allée en Rohan ? Vous avez déjà rencontré la reine Elewyn ?

Enfin, elle posa une question qui la perturbait beaucoup :

-Qu'est-ce que vous entendez par "je suis tenue comme l'oracle du Nord" ? Je croyais que les oracles étaient des grosses crevasses d'où des gens pensaient entendre sortir la voix des Ainurs...

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